Recentiora


Le christianisme vu par les païens

Petit extrait d'un texte d'Alain de Benoist (païen revendiqué).
Où l'on peut voir que notre conception traditionnelle et populaire du christianisme pourrait faire des adeptes même chez les païens, et bien au-delà. Car nombreux sont ceux qui souhaiteraient renouer avec une belle spiritualité traditionnelle, pourvu qu'on ne leur impose pas tout un corpus doctrinal auquel ils ne peuvent pas souscrire…

Quand on parle des rapports entre le paganisme et le christianisme, on doit donc prendre en compte en même temps deux données fondamentales. D'un côté, sur le plan doctrinal, il n'y a aucune conciliation possible entre la théologie chrétienne et l'ontologie païenne. D'autre part, sur le plan historique et sociologique, il est évident que le christianisme se présente comme un phénomène mixte, ce qui l'a par exemple conduit à développer une sorte de polythéisme inavoué par le biais du culte marial et du culte des saints. C’est ce dont témoigne le christianisme populaire. Fernando Pessoa, là encore, me paraît voir juste quand il écrit : " Ce que le païen accepte le plus volontiers dans le christianisme, c'est la dévotion populaire aux saints, c'est le rite, ce sont les processions [...] Le païen accepte volontiers une procession, mais tourne le dos à sainte Thérèse de l'Enfant Jésus. L'interprétation chrétienne du monde lui soulève le coeur, mais une fête de l'Eglise avec ses lumières, ses fleurs, ses chants […] tout cela il l'accepte comme autant de bonnes choses, même issues d'une chose mauvaise, car ce sont des choses véritablement humaines et elles sont la manifestation païenne du christianisme ". On notera en passant que c'est à cette " manifestation païenne du christianisme " que les chrétiens traditionalistes sont souvent le plus attachés, tandis que le courant moderniste veut au contraire l'éliminer.

Dans la biographie qu'il a consacré à Heidegger, Rüdiger Rafranski rapporte une anecdote qui va dans le même sens. Lorsqu'il entrait dans une chapelle ou une église, Heidegger portait toujours la main dans le bassin d'eau bénite et faisait une génuflexion. Cela avait surpris Max Müller qui, raconte Safranski, " lui demanda un jour si son attitude n'avait pas quelque chose d'inconséquent, puisqu'il avait rejeté les dogmes de l'Eglise ". Heidegger répondit : " Il faut penser historiquement. Et dans un lieu où l'on a tant prié, le divin est proche d'une façon toute particulière ". C'est une belle réponse.


Alcuin - Donné le 10/10/2009 17h45


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